Sécurité · Contact alimentaire
Matière annoncée,
migration mesurée.
Un nom de matière annonce ce qu’un matériau est censé être. Un essai de migration dit ce qui est réellement passé dans le lait. Ce n’est pas la même information, et pour un biberon, seule la seconde compte.
Quand un parent achète un biberon, on lui parle de matière. Verre, plastique sans aucun bisphénol, silicone, matière végétale. Chaque marque met en avant la sienne, et le parent est invité à choisir entre des mots dont il n’a aucun moyen de vérifier ce qu’ils recouvrent.
Ces mots ne sont pas faux. Ils sont simplement à côté de la question. Car la question qu’un parent se pose vraiment n’est pas « de quoi est fait ce biberon ». C’est : est-ce que quelque chose passe de ce biberon dans le lait de mon enfant ?
Ce sont deux questions distinctes, et une seule des deux se mesure.
Deux mondes réglementaires, deux logiques opposées
Le domaine médical et le contact alimentaire ne raisonnent pas de la même façon. Ce n’est pas une nuance d’expert : c’est une différence de principe, et elle change tout.
Un dispositif médical est évalué selon un rapport bénéfice/risque. Un implant, un cathéter, une prothèse comportent des risques — parfois considérables. On les accepte parce que le patient retire du dispositif un bénéfice thérapeutique qui les dépasse. Sans cette mise en balance, aucun implant ne serait jamais autorisé.
Le contact alimentaire fonctionne à l’inverse. Il repose sur une logique de précaution : liste positive de substances autorisées, principe d’inertie, limites de migration à ne pas dépasser. Rien ne passe tant que ce n’est pas démontré acceptable — et surtout, aucun bénéfice n’est mis dans la balance.
Un bébé qui boit son lait ne retire aucun bénéfice thérapeutique. Il n’y a donc rien à mettre en face du moindre risque.
C’est pourquoi transposer un vocabulaire médical sur un objet du quotidien destiné à un nourrisson est une erreur de raisonnement. Le mot rassure parce qu’il évoque l’hôpital. Mais une qualification obtenue dans le cadre du bénéfice/risque ne répond pas à la question que se pose la réglementation alimentaire — et ne la remplace pas.
Cette différence a déjà eu des conséquences
Ce n’est pas une querelle théorique. En novembre 2011, à la suite d’un article de presse, le ministère de la Santé a demandé le retrait des biberons, tétines et téterelles stérilisés à l’oxyde d’éthylène. Ce gaz, classé cancérogène, n’est pas autorisé pour les matériaux au contact des denrées alimentaires. Il l’était en revanche pour les dispositifs médicaux — et certains biberons à usage unique, distribués en maternité, étaient classés comme tels.
L’inspection générale des affaires sociales a confirmé le constat : cette stérilisation n’apparaissait pas conforme au droit en vigueur. Elle a relevé au passage que la norme fixant les taux de résidus « admissibles » avait été élaborée pour des adultes de soixante-dix kilos, et ne distinguait pas les dispositifs destinés au contact des aliments.
Le rapport recommandait alors précisément ce que nous disions plus haut : mieux articuler la sécurité alimentaire, où aucun risque n’est toléré, et la sécurité infectieuse, où un risque peut être acceptable si le bénéfice le dépasse — en particulier pour l’alimentation des nourrissons.
Un nourrisson de trois kilos n’est pas un adulte de soixante-dix, et un biberon n’est pas un dispositif de soin.
Ce que dit une déclaration de conformité, et ce qu’elle ne dit pas
La plupart des fabricants s’appuient sur une déclaration de conformité fournie par leur fournisseur de matière première. Ce document est légitime et légalement requis. Mais il porte sur la matière, pas sur l’objet fini.
Or entre la matière première et le biberon que tient le bébé, il y a un moule, une température d’injection, des colorants, un assemblage, un vieillissement, des lavages successifs. Chacune de ces étapes peut modifier ce que le matériau relargue.
Ce que nous avons fait mesurer
Nous avons demandé au Laboratoire national de métrologie et d’essais — le LNE, laboratoire public de référence en France — de mesurer la migration non pas sur la matière, mais sur le biberon fini.
Les essais ont été conduits selon la norme NF EN 1186-1, dans les conditions de contact les plus exigeantes retenues pour ce type d’usage : dix jours à 40 °C, ce qui simule une longue conservation. Chaque partie du produit a été testée séparément — le corps du biberon dans ses cinq coloris, ainsi que la bague et le capuchon — et chacune dans trois simulants d’aliment : acide acétique à 3 %, éthanol à 50 %, et huile végétale, qui représentent respectivement les aliments acides, alcoolisés et gras.
Le rapport précise l’usage visé : des articles destinés au contact des produits aqueux, acides, gras et laitiers. Et il rappelle lui-même la limite applicable — 10 mg/dm², ou 60 mg/kg pour les articles de puériculture destinés aux nourrissons. Ce n’est donc pas nous qui choisissons le barème auquel nous nous comparons : c’est celui que le laboratoire a retenu.
Ce que ces chiffres veulent dire, en clair.
La réglementation européenne fixe, pour les objets destinés aux nourrissons et aux enfants de moins de trois ans, une limite de migration globale de 60 milligrammes par kilogramme d’aliment. C’est le plafond légal.
La méthode d’essai employée quantifie à partir de 6 milligrammes par kilogramme. En dessous, elle ne mesure plus rien : il n’y a pas de valeur à rapporter.
Le résultat est le même partout : inférieur à 6 mg/kg, c’est-à-dire sous le seuil de quantification, et au moins dix fois en dessous de la limite légale. Le laboratoire note par ailleurs qu’aucune modification n’a été observée, ni sur les pièces ni sur les simulants.
Et si l’on additionne ?
Un biberon n’est pas une pièce, c’est un assemblage : un flacon, une bague, un capuchon, une tétine. Chacune est testée séparément, et c’est la pratique courante. Mais le lait, lui, ne fait pas la différence : il touche toutes ces pièces en même temps. La limite de 60 mg/kg porte sur ce qui arrive dans l’aliment — donc sur le total, pas sur chaque morceau pris isolément.
C’est une question que nous nous sommes posée, et la réponse tient en une ligne : chaque pièce testée ressort sous le seuil de 6 mg/kg — le flacon dans chacun de ses coloris, la bague, le capuchon, la tétine. Même en les additionnant toutes, comme le fait le lait dans le biberon, le total reste largement en dessous des 60 mg/kg autorisés.
Autrement dit, le résultat tient encore quand on raisonne contre nous-mêmes.
Nous ne disons pas que notre matière est meilleure que les autres. Nous disons que nous avons posé la question autrement : non pas « de quoi est fait ce biberon », mais « qu’est-ce qui en sort, dans du lait, à l’usage ». Et que nous avons la réponse par écrit.
Le plastique laiteux, et pourquoi nous l’avons gardé
Le flacon est en polypropylène. Ce n’est pas le choix le plus flatteur : le polypropylène est translucide, un peu laiteux, il ne donne pas cet effet de verre brillant et parfaitement transparent que recherchent la plupart des marques de puériculture.
Nous l’avons gardé quand même, parce qu’il réunit trois propriétés qu’aucune autre matière ne réunit pour cet usage.
Il ne contient aucun bisphénol, et pas parce qu’on l’en aurait retiré : sa fabrication n’en emploie pas. Il n’y a donc rien à supprimer, rien à substituer, rien à surveiller. C’est une propriété de la matière, pas une version « sans » d’un produit qui en contenait.
Cette distinction est plus importante qu’il n’y paraît, et c’est pour cette raison que nous n’écrivons pas « sans BPA » sur nos pages. Le bisphénol A n’est pas seul de son espèce : il appartient à une famille. Quand il a été interdit dans les biberons, une partie des industriels ne l’a pas remplacé par autre chose — ils l’ont remplacé par ses cousins. Bisphénol S, bisphénol F, bisphénol B, bisphénol AF.
Ces substituts partagent la structure chimique du BPA, et donc ses propriétés. L’agence nationale de sécurité sanitaire a conclu que le bisphénol B présentait des propriétés endocriniennes similaires à celles du bisphénol A, et alerté dès 2013 sur le fait que la plus grande précaution était requise dans l’usage de ces alternatives. Les chercheurs ont un nom pour ce mécanisme : les substitutions regrettables.
« Sans BPA » ne veut pas dire « sans bisphénol ». Cela veut dire qu’on a retiré celui qui était interdit.
Le polypropylène ne pose pas la question, parce qu’il ne relève pas de cette famille. Il n’y a pas eu de substitution, puisqu’il n’y avait rien à substituer.
Il n’a besoin ni de plastifiant ni de clarifiant. C’est là que se joue l’essentiel. Un plastique rigide ne devient souple qu’en lui ajoutant un assouplissant — parfois jusqu’à un tiers de sa masse — et c’est cette famille de substances que l’on retrouve ensuite dans les aliments gras. De même, pour obtenir l’effet verre brillant que recherchent la plupart des marques, on ajoute au polypropylène un agent clarifiant qui corrige son aspect laiteux.
Nous n’ajoutons ni l’un ni l’autre. Le biberon plie parce que la matière plie, et il reste laiteux parce que c’est sa couleur naturelle.
Et surtout, il plie sans assouplissant. C’est le point décisif. Un corps à soufflets doit se replier et se déplier des centaines de fois sans que la matière ne casse ni ne blanchisse. La plupart des plastiques ne le supportent qu’au prix d’un plastifiant ajouté — exactement la famille de substances qu’on ne veut pas voir migrer dans du lait. Le polypropylène, lui, le fait naturellement : c’est la matière des charnières souples, celles qui tiennent des milliers de cycles.
Nous avons préféré un biberon qui a l’air moins beau à un biberon qui a besoin d’un assouplissant pour se plier.
Le reste, en toutes lettres
Le flacon est en plastique alimentaire, sans aucun bisphénol. La bague et le capuchon sont en matière d’origine végétale — c’est précisément ce qui les rend compostables. La tétine est en silicone alimentaire, matière destinée au contact des aliments. Le biberon est conçu et fabriqué en France, en région lyonnaise, du moule au flacon.
Le dossier de conformité du LNE est disponible sur simple demande. Nous ne demandons à personne de nous croire sur parole : c’est justement l’objet de cet article.
Une question ? Le dossier de conformité, les rapports d’essai et les fiches matière sont à votre disposition. Appelez le 06 11 76 84 07 ou écrivez-nous depuis la page contact.
Article publié le 31 juillet 2026 par BIBEON. Essais réalisés par le LNE selon la norme NF EN 1186-1. Les références réglementaires citées sont le règlement (UE) n° 10/2011 pour les matériaux plastiques au contact des denrées alimentaires, et le règlement (CE) n° 1935/2004 pour le principe d’inertie.