Qui sommes-nous
Une inventrice,
et une histoire longue.
BIBEON n’est pas une marque lancée l’an dernier. C’est une invention déposée en 1999, commercialisée, arrêtée, puis reprise par celle qui l’avait conçue. Entre les deux, il y a eu une alerte sanitaire.
D’où je viens
Ingénieure commerciale chez IBM, puis conseillère clientèle à la MGEN. Deux métiers qui n’ont rien à voir avec la puériculture, et qui m’ont pourtant tout appris de ce que je fais aujourd’hui : la rigueur technique d’un côté, l’écoute de l’autre.
C’est encore moi qui réponds au téléphone. Pas un service, pas un formulaire : la personne qui a dessiné le biberon.
L’invention
Le biberon à corps escamotable a été breveté en 1999, puis étendu à l’Europe et à l’international. Le principe tenait dans une géométrie : des soufflets capables de se replier et de se déplier sans que la matière ne s’use, ce qui n’avait jamais été obtenu sur un contenant alimentaire de ce type.
Une licence d’exploitation a été accordée à un grand industriel de l’alimentation infantile, qui l’a commercialisé sous la marque BIBEON, de 1999 à 2002.
Quand cet industriel a cessé, j’ai repris les machines, les moules et la marque, et j’ai fabriqué moi-même — sous ma propre société, Stérilab, à Tarbes. Le biberon était alors à usage unique, en sachet scellé, stérilisé aux rayons gamma : par choix, après ce que j’avais découvert.
Il est reparti en hypermarché, dans les deux plus grandes enseignes françaises — 500 000 unités par enseigne et par mois. Un million de biberons par mois, produits et livrés par ma société.
L’alerte
C’est en travaillant sur ce produit que j’ai découvert le procédé employé pour le stériliser : un gaz classé cancérogène, interdit pour les matériaux au contact des denrées alimentaires — mais autorisé pour les dispositifs médicaux. Or certains biberons à usage unique, distribués en maternité, étaient classés comme dispositifs médicaux.
J’ai alerté. Longtemps, et sans être entendue. En novembre 2011, l’affaire est enfin sortie dans la presse nationale, et le ministère de la Santé a demandé le retrait des biberons, tétines et téterelles ainsi stérilisés.
L’affaire dans la presse
- Le Nouvel Observateur, novembre 2011 puis avril 2012
- Le Monde, Sud Ouest, RFI, RTBF, L’Usine Nouvelle, France 3 Régions
- Rapport de l’Inspection générale des affaires sociales, décembre 2012
L’inspection générale des affaires sociales a confirmé que cette stérilisation n’apparaissait pas conforme au droit en vigueur. Elle a relevé que la norme fixant les résidus « admissibles » avait été établie pour des adultes de soixante-dix kilos, sans distinguer les objets destinés au contact des aliments. Et elle a recommandé de mieux articuler deux logiques qui ne se ressemblent pas : la sécurité alimentaire, où aucun risque n’est toléré, et la sécurité infectieuse, où un risque peut être accepté si le bénéfice le dépasse.
En juin 2025, l’Union européenne a acté la non-approbation de ce gaz comme substance biocide. Quatorze ans après l’alerte.
Ce que cela a coûté
Je ne le raconte pas pour qu’on m’en sache gré, mais parce que la suite en dépend. Après l’alerte, plus aucun fabricant n’a voulu travailler avec moi. Ma carrière s’est arrêtée là, et le reste a suivi.
On me demande parfois conseil. Le voici, et il n’est pas encourageant : si vous n’avez pas l’autorité professionnelle reconnue du domaine que vous mettez en cause, réfléchissez longuement. Une médecin qui alerte sur un médicament est entendue parce qu’elle est médecin. Les autres passent des années à se faire ouvrir des portes, et n’en ressortent pas indemnes.
Et aujourd’hui
La marque BIBEON m’a été rétrocédée. Le biberon est de nouveau fabriqué, en France, en région lyonnaise, du moule au flacon. Il a été testé par le Laboratoire national de métrologie et d’essais, pièce par pièce, dans trois simulants d’aliment : le détail des mesures est publié ici.
Rien de tout cela n’est un argument de vente. C’est simplement la raison pour laquelle ce biberon est fait comme il est fait.
Pourquoi celui-là
Je devrais peut-être garder cela pour moi, mais la question m’est posée assez souvent pour que j’y réponde ici.
BIBEON est arrivé dans ma vie au moment où je me suis retrouvée enceinte et seule, sans le père de ma fille, et sans l’avoir voulu. Entre les pleurs et les joies, mes biberons de l’époque contenaient plus de larmes que de lait.
Je regrette une chose, et une seule : de ne pas avoir donné le sein les premiers mois. C’est pour cette raison que ce biberon n’est pas conçu pour les nouveau-nés, qu’il est livré avec une tétine à débit six mois, et que vous ne me verrez jamais le présenter comme un cadeau de naissance. Il accompagne la diversification, pas les premières semaines.
Le reste — les brevets, les essais, les vingt-cinq ans — a suivi.
Et à côté
Je n’ai pas cessé d’inventer. Mon travail actuel porte sur un tout autre terrain : la cybersécurité, les transmissions résistantes à l’informatique quantique, et un procédé de preuve numérique que j’ai appelé la ligature de preuve. Ces travaux vivent ailleurs, sur asemantix.tech et lapreuveparphi.fr.
Le rapport avec un biberon peut sembler lointain. Il ne l’est pas tant que cela : dans les deux cas, il s’agit de faire en sorte qu’une chose soit vérifiable plutôt que crue sur parole.
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